Je suis blessé, comment ne pas me suicider ?

Oh râge, oh désespoir… le drame est arrivé. Votre maison a brûlé ? Votre femme est partie avec les gosses ? Vous vous êtes fait viré ? Non, pire, bien bien pire… vous êtes blessé !

Et oui, dans le triathlon. Il y a tri. On en apprend des choses en me lisant hein ? Sérieusement, je veux dire par là qu’il y a 3 sports dont un particulièrement sujet aux blessures : la course a pied.  De part ses chocs incessant et le fait que le corps soit auto-porté, la course à pied est un juteux business pour la bobologie (sans doute avec le football mais restons dans le cadre d’une vraie pratique sportive que diable). Dès lors, puisqu’on doit de manière incontournable travailler son « running » comme disent les adeptes des afterwork en rooftop, la blessure va pointer le bout de son foutu nez d’une manière ou d’une autre.

La bonne nouvelle, c’est que la blessure n’est pas une fin en soi et qu’il y a des manières de réagir afin que ce douloureux passage soit plus facile à supporter. Vous pouvez même en tirer des bénéfices, je vous assure.

1 – Constatation, les bons gestes

Bon, il y a autant de manière de se blesser qu’il y a de machins et de bidules dans le corps. Néanmoins, il y a souvent 2 moments précis ou l’on constate la blessure : pendant un entrainement à un moment précis ou bien après l’entrainement, une fois le corps refroidi.

Cela donne déjà un bon indice de la gravité des faits, car une blessure constatée à un moment précis durant l’entrainement signifie plus une rupture brutale qu’une blessure constatée à froid.

Que faire à ce moment-là ? Surtout, ne pas laisser les choses trainer si vous souhaitez revenir rapidement. On prend son téléphone et on fait savoir à la terre entière que vous avez mal. Enfin, surtout à son médecin du sport et à son ostéopathe.

La guérison de la blessure dépend d’un trio de professionnel : le médecin (sportif, pas votre généraliste qui ne va rien trouver de mieux que de vous prescrire des anti-inflammatoires…), l’ostéo et le kiné. Les 2 premiers sont à appeler directement, afin de ne pas avoir un rendez-vous 2 semaines plus tard et donc un diagnostique sans doute moins fin. Le kiné est à appeler si le médecin vous le prescrit. Si vous ne le faites pas très vite, vous risquez d’avoir un rendez-vous à mathusalem, ou pire : procrastiner indéfiniment, ignorer le signe que votre corps vous envoie et ne pas consulter pour, au final, vous reblesser de plus belle.

Pourquoi appeler l’ostéo sans attendre l’avis du médecin ? Car soit l’ostéo va pouvoir vous manipuler et vous remettre en place ce qui a bougé et accélérer la guérison, soit il ne pourra rien faire MAIS vous allez y aller quand même pour un contrôle du reste. Puisque de toute façon, vous allez avoir un arrêt, autant aller se faire un peu manipuler le reste du corps puisque vous avez du temps pour le faire. Il n’est jamais mauvais, si votre pratique est intensive, de faire de l’ostéopathie au moins une fois par an afin vous remettre en place si besoin.

2 – Choisir le bon professionnel

Le plus difficile, c’est de savoir s’entourer de professionnel compétent. Les médecins, comme les ostéos, comme les kinés, comme les comptables (je sais de quoi je parle), comme les éboueurs, bref comme tous les corps de métier :  il y en a des bons, des très bons, et des nazes.

Bien que la réputation joue, je vous conseille vivement de vous rapprocher d’un professionnel qui comprends et pratique votre… pratique. Un médecin du sport pour qui la pratique sportive se limite au golf devrait vous mettre la puce à l’oreille sur sa capacité à vous guérir d’un syndrome de l’essuie-glace. Si votre médecin vous prescrit des anti-inflammatoires, ou s’il vous soutient que c’est normal que vous soyez blessé car la course à pied abîme les articulations, fuyez (à vélo de préférence puisque vous ne savez plus courir)

Consulter un professionnel qui comprend ce que vous faite est la base. Un médecin du sport qui court, ou a couru est vraiment un incontournable si vous voulez être pris en charge correctement. Mes talents d’enquêteur sociologique me permettant d’affirmer que le triathlon est un sport composé essentiellement de CSP+, je suis persuadé que quelques médecins/kinés/ostéo se cachent parmi vos collègues de club ou vos connaissances dans le milieu de la tri discipline. Le réseau, c’est aussi un facteur important de la guérison, et oui !

3 – Ne pas sombrer dans la dépression

La façon de réagir mentalement à une blessure dépendra également du moment où elle tombe. Soit, vous vous êtes blessé au début de votre préparation et vous pouvez vous remettre, soit cela vous empêche carrément de remplir partiellement ou totalement votre objectif. Le but est de ne pas se morfondre sur l’injustice de ce qu’il vous arrive, mais de redémarrer en vous adaptant.

Dans le cas ou votre blessure est peu grave et puisque nous avons la chance de pouvoir effectuer 3 sports (même 4 puisque vous faites, bien entendu, vos exercices de renforcement toutes les semaines même si c’est chiant), testez les autres disciplines pour voir si ça passe avec l’avis de votre médecin. Si vous savez nager et rouler (on n’oublie pas le renforcement si pas de contrindication, sachant que la flemme n’en est pas une), la vie est belle puisque vous n’êtes pas à l’arrêt total.

De mon point de vue, il est bien moins impactant de ne pas courir que de ne pas rouler ou nager. Le vélo va en effet entretenir et conserver vos capacités cardiovasculaires et vous reprendrez dans une forme relativement équivalente, alors que vous perdrez beaucoup de vos capacités à vélo si vous ne faites que courir. Évidemment, le vélo ne permet pas à vos articulations d’encaisser les chocs et ne travaille pas exactement les mêmes groupes musculaires. Vous ne reprendrez dès lors pas la course à pied comme si de rien n’était mais néanmoins, vous serez très loin du stade 0. J’en veux pour preuve l’excellent niveau en trail que peuvent avoir les cyclistes aguerris (du moins en montées, les descentes c’est autre chose).

Si votre blessure vous bouffe un objectif, essayez de ne pas surréagir et de noircir le tableau ou pire : d’y aller quand même. C’est frustrant, c’est emmerdant, vous avez fait toute une préparation difficile pour rien. Vraiment ? Non ! Une préparation, ce n’est jamais pour rien. Tout ce que vous avez acquis est en vous et vous servira tôt ou tard. Le corps absorbe les heures d’entrainement et sa base n’en sera que mieux renforcée. La clé est de penser long terme. Voulez-vous risquer de vous blesser gravement pour une seule course ? Demandez-vous si vous avez encore envie d’être triathlète dans 5 ou 10 ans. Si la réponse est oui, alors cette course n’est pas la dernière et il y en aura bien d’autre pour profiter de la magie de la triple discipline. Dans la majorité des cas, le triathlon est une passion et non un gagne-pain. Vous aurez encore de nombreuses occasions de kiffer.

Après avoir regardé devant, jetez un coup d’œil dans le rétro. Regardez ce que vous avez déjà accompli et comment est votre saison. Vous avez fait la prépa et elle a été dure, certes, mais si vous l’avez fait, vous la referez, et mieux. Ce n’est que partie remise.

Si vous souhaitez aller plus loin, je ne peux que vous conseiller l’excellent podcast de Ugo Ferrari sur ce sujet. Comme je suis un mec sympa, je vous le file ici.

4 – Les erreurs à ne pas commettre

  • Ignorer le problème et persévérer dans sa bêtise. 99 fois sur 100, ça ne se réglera pas tout seul et vous n’allez qu’empirer les choses
  • « one life, je fait quand même ma course, on verra bien ». Voir point ci-dessus
  • Prendre des anti-inflammatoires. Jamais. Never. Oui, c’est génial, un coup de Voltaren et hop vous allez recourir 2 jours après. Attendez de voir les 2 jours suivants si tout va toujours bien…
  • Agresser votre entourage. Votre femme, vos gosses et le chien n’y peuvent strictement rien à votre situation.
  • L’autodiag/l’automédication. Nous ne sommes pas des adolescents sur Tiktok autodiag HPI. Il y a des gens qui se tapent 10 ans d’études pour vous servir, faites leur confiance (sauf s’ils vous donnent des anti-inflammatoires)
  • Se morfondre. La blessure fait partie du sport, et pleurer sur l’injustice de votre situation n’y changera rien. Une attitude positive vous aidera à vous rétablir d’autant plus vite.
  • Tout arrêter. Entretenez-vous, continuer à faire gaffe à ce que vous mangez, et continuer à nager et rouler autant que possible.

5 – Mes expérience personnelles

En tant que pratiquant assidu, je peux vous assurer qu’il m’est arrivé des bricoles. Voici les plus importantes.

Mai 2022. Fracture de fatigue au périoste gauche. J’avais mal depuis mars suite à une petite entorse et ma persévérance dans ma bêtise m’a conduit à bien m’abîmer. 6 semaines sans courir, ça calme. J’ai réagi en mettant mes grosses fesses sur un vélo un maximum de temps jusqu’en juillet ou j’ai pu reprendre. A l’époque, le trail était mon sport principal et sans le niveau acquis à vélo durant cette période, je n’aurais peut-être jamais mis le focus sur le triathlon.

28 aout 2022, je me fais attraper à l’entrainement par une voiture qui sort de son emplacement (oui, c’était vraiment une année pourrie). Juste avant ce qui devait être mon premier half. Autant dire que le ouinouin fut présent lorsque l’on m’a annoncé une clavicule à opérer d’urgence. 6 semaines sans sport et sans travailler, autant dire que mes journées furent longues. Mais cela m’a permis de découvrir une activité que je n’aimais pourtant pas avant : la marche. Je passais donc mes journées en mode marche/podcast, ce qui m’a permis de bien conserver mon physique et de ne pas me morfondre dans mon sombre appartement.

Février 2023. J’ai mal à l’aine suite à un banal entrainement. On me diagnostique des hernies inguinales. 3 semaines sans courir, un peu de renforcement et c’était reparti. Mais j’ai pu continuer à nager et rouler sans aucun problème et sans passer par la case opération que certains me garantissaient pourtant.

Octobre 2023 (oui, on y est). Banal entrainement de up and down, j’écoute un podcast, je me marre, une seconde d’inattention, la classique cheville qui vrille dans la descente. Je comprends vite que c’est la merde et que je dois stopper vite. Arrachement osseux d’un ligament, j’en ai pour 20 jours sans courir. Ça me bouffe un cycle de charge de la préparation pour Olne-Spa-Olne. Je sais donc d’avance que ça va être extrêmement difficile d’avoir une forme optimale comme l’an passé. Mais peu importe, ma saison fut belle et j’ai atteint mes objectifs, cette course est du pur bonus, donc ne hurlons pas à la mort.

La conclusion, et vous le voyez dans mes propres expériences est que la résilience est véritablement la clé. Savoir accepter la situation, puis s’adapter et rebondir permet de se sortir des situations les plus difficiles à avaler. 

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